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Le blogging au service de la musique baroque

Troisième partie d’un mémoire réalisé dans le cadre de la licence pro Marketing Digital de l’IUT Lyon 3 en parallèle d’un stage au Concert de l’Hostel Dieu.

Année universitaire 2014/2015. Enseignant-tuteur : J. Berard.

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La communication sur Internet prend des formes variées en fonction des supports choisis. La multiplicité croissante de ceux-ci tend à complexifier la manière de se faire entendre sur le web mais cela rend possible de spécifier de plus en plus son message. Pour autant, il y a bien une plateforme qui ne change guère depuis son arrivée dans l’Internet 2.0 au début des années 2000. Devenu un outil universel utilisé de manière personnelle ou professionnelle, le blog est un objet fascinant qu’il convient de décrypter pour mieux comprendre les logiques de fonctionnement du web.

La problématique suivante correspond donc à une envie commune (celle du Concert de l’Hostel Dieu et la mienne) de définir des contours précis à l’usage d’un blog d’autant que l’on cherche à encourager le message culturel de l’association.

Dans quelle mesure une stratégie de contenu via un blog participerait à la vulgarisation de la musique baroque et renforcerait la notion de communauté autour d’un organisme culturel ?

Pour répondre à cette problématique, l’analyse se construira autour de trois grandes parties selon une structure logique.

Le but du site, et surtout du blog, est de créer une interface vivante entre la musique baroque et l’internaute. A travers le blog, l’idée est de toucher un public plus large et de démocratiser un genre à l’image vieillissante, voire élitiste. L’intérêt est de donc de comprendre si un contenu approprié aurait véritablement l’effet escompté qui est d’attirer un public curieux vers un contenu touchant l’ensemble de l’univers baroque : Histoire, anecdotes, chroniques,… et pas seulement la musique ! Cet outil doit être un vecteur de vulgarisation pour dynamiser aussi bien l’image de l’association que de la musique.

On parle aujourd’hui de « marketing content » pour définir la principale manière de communiquer sur le web pour les marques. Dès lors, cela met au centre des attentions une plateforme comme un blog car celui-ci est pourvoyeur dudit contenu. Dans une logique aussi bien marketing que SEO, il s’agit de définir à quel point un blog peut impacter une présence numérique, qui plus est dans le secteur de la musique baroque. Allier contenu de qualité, varié et mises à jour régulières semblent être les clés de la stratégie gagnante. Le storytelling prend aussi une place prédominante dans la forme des contenus. A voir si cela suffit, ou bien si la présence d’une notoriété déjà installée est forcément nécessaire (présence d’une « communauté ?). Cette présence est directement liée aux deux précédents points car elle fonctionnerait autour de la vulgarisation de la musique baroque et de la relation qui unie l’organisation à son public.

Forcément, la notion de communauté finit aussi par entrer en jeu. C’est un terme qu’il est nécessaire de définir précisément car il est extrêmement polysémique depuis l’essor de l’aspect dit « communautaire » de l’internet. A partir de la définition qui en sera extraite, nous pourrons analyser la manière dont se forme le lien entre un organisme culturel et son public. A savoir comprendre les éléments qui entrent le plus en jeu : attachement à l’organisation ? Attachement au type de musique (centres d’intérêt) ? A partir de cela, l’outil internet et donc le blog doit pouvoir solidifier ce lien et créer une synergie entre l’organisme et son public.

La transmission de la musique baroque par la vulgarisation

Concept et but de la vulgarisation

Le dictionnaire du Larousse définit la vulgarisation comme « l’action de mettre à la portée du plus grand nombre, des non-spécialistes des connaissances techniques et scientifiques ». La musique, à plus d’un titre, peut être considérée comme une science à l’image de la discipline musicologique. Cependant, les musiques anciennes sont de moins en moins écoutées et souffrent d’un déficit d’image croissant auprès des publics les plus jeunes.

La musique baroque souffre encore plus de cette difficulté puisque par bien des abus de langage, elle est considérée par beaucoup comme de la musique classique. Antécédente à cette dernière, il convient de faire découvrir le baroque en tant que tel par une prise de conscience qui ne peut que passer par la vulgarisation. C’est également une manière d’encourager l’empowerment afin que chacun puisse avoir le pouvoir, par lui-même, de guider ses gouts et ses connaissances musicales. Internet est sur ce sujet assez paradoxal car il permet une émancipation des individus par une ouverture sur une infinité de sujets et des possibilités d’action décuplées. Pour autant, le secteur de la musique, en pleine mutation, tend à guider les auditeurs vers des plateformes de streaming qui encouragent à découvrir plutôt des tendances que des genres que l’on peut considérer de niche.

Il faut aussi comprendre que l’accessibilité de la musique baroque n’est pas la même qu’un hit passant à la radio. Elle nécessite des clés d’écoute qui permettent de comprendre l’œuvre. Cela confirme l’importance de la vulgarisation qui ne doit pas seulement être transmise de manière orale mais aussi de manière écrite. L’accessibilité et la neutralité du web sont les deux éléments déterminants dans la logique d’une vulgarisation sur les outils numériques. De plus, c’est ici que les plus jeunes publics peuvent être touchés.

La culture doit être transmise et pour cela, il est nécessaire que des spécialistes accompagnent le plus grand nombre. Il faut trouver le ton adéquat qui lie simplification et clarification sans pour autant oublier le but premier de transmettre une vérité. Contrairement à un article théorique ou didactique, la vulgarisation doit aller chercher l’intérêt du lecteur. La qualité du contenu proposé est prédominante et peut très bien passer par le storytelling détaillé plus loin dans ce mémoire.

Avant l’écriture de chaque article, il faut penser à la cible à laquelle on s’adresse. Il en découle trois types de vulgarisations :

  • La haute vulgarisation: pour un public averti qui possède déjà quelques connaissances sur un sujet sans pour autant être des experts. On suppose ainsi que le lecteur a déjà des connaissances, il n’est pas nécessaire de revenir sur tous les points et donc de partir des bases.
  • La vulgarisation grand public: pour s’adresser à une cible large. Il convient dès lors de revenir sur des points qui ne seraient pas connus par un public lambda.
  • La vulgarisation pour enfants: pour les plus jeunes. Cela demande un ton particulier et de ne pas s’épancher trop sur les détails.

Regardons maintenant de quelle manière la musique baroque est « racontée » sur Internet afin de définir les manières selon lesquelles la vulgarisation peut passer.

Une toile pas très baroque

Le web français ne comporte pas beaucoup d’acteurs à même de traiter la musique baroque de manière régulière. La sélection suivante comprend donc quelques liens étrangers pouvant donner des pistes quant au développement des contenus et l’aspect vulgarisateur du propos. Ces plateformes montrent l’étendu des possibilités pouvant accompagner la vulgarisation de la musique baroque sur Internet et quelles sont donc les tendances dans la manière de raconter, de faire vivre cet univers.

Les principales sources d’informations

Muse Baroque

Ce blog peut être considéré comme une référence tant il est proche de l’univers de la musique baroque. Sous la dénomination de revue (le terme devant plutôt être webzine), la plateforme aborde différentes catégories : actualités, concerts, albums, DVD, expositions et théâtre. Le ton employé tend à montrer qu’un public averti est la cible des billets mis en ligne très régulièrement. La volonté de vulgarisation parait relativement limitée mais le sérieux qui se dégage de la manière dont est administré le site (telle une revue lambda) explique sa longévité. Il est important de noter que Muse Baroque s’inscrit dans une logique de promotion de la culture baroque, ne se limitant pas à la musique de cette période. Preuve en est de sa présence en tant que membre du Conseil Internationale de la Musique de l’UNESCO.

France Musique

La station de Radio France possède un site riche en actualités, et ce, quel que soit le style de musique. Les articles se rangent sous la forme d’un blog avec de nombreuses mises en ligne tout au long de la journée étayées parfois par les programmes de la station en podcast. Cette hétérogénéité permet aux internautes de trouver des contenus forcément variés et de qualité professionnelle puisqu’ils sont conçus par des journalistes. La musique baroque est loin d’être le sujet le plus abordé mais la musique dite savante demeure une catégorie à part entière qui s’approche régulièrement, de près ou de loin, à cette première. Ce sont les tendances et nouveautés qui sont majoritairement présentes mais il y a également des sujets de fond ainsi que des news insolites pouvant être partagés. Cette approche invite l’internaute à approcher des problématiques ou des sujets plus légers qui conduisent à une vulgarisation, du moins une explicitation de la musique savante, de son fonctionnement et de ses codes.

Les blogs personnels, le regard de la chronique

porotbaroque.blogspot.fr ; leblognotedemusique.blogspot.fr ; fourmix.net

Les blogs sont nés de l’effort et de l’envie d’individus de s’exprimer librement sur le web. « Dans les formes les plus ordinaires du blogging, les personnes ne s’inscrivent pas dans un univers spécialisé, mais expriment les divers centres d’intérêt qui composent leur quotidien » (Cardon, Fouetillou et Roth, 2014). Comme dans tous les domaines, il existe donc quelques blogs parlant de musique baroque où des chroniques, des billets d’humeur rédigés par des amateurs voire des professionnels de la musique s’appliquent à partager leurs connaissances. Il faut néanmoins constater que la sphère baroque francophone regroupe peu de sites personnels, encore moins alimentés régulièrement.

Le baroque par ce qu’il est

FM Otto’s Baroque Musick ; Avro – Baroque around the clock ; greatbaroquemusic.blogspot.fr

Il est bien évident que le meilleur moyen de promouvoir la musique baroque est de le faire écouter ! Il existe quelques plateformes prenant la forme de web radio comme Otto’s baroque Musick et Avro. Cette première diffuse en continue pour le plus grand plaisir des auditeurs qui font part de leur déception dès que la diffusion est coupée. Avro, une web radio néerlandaise est quant à elle toujours présente mais ne dispose pas de cet élan communautaire derrière elle. Il est intéressant de constater que les deux noms sont assez informels et montrent que la musique baroque n’est pas forcément un produit guindé comme les stéréotypes le laissent entendre. Les jeux de mots avec « rock » sont légions tel le slogan d’Avro qui rappelle le titre de la chanson de Bill Halley.

Enfin, greatbaroquemusique se place dans la lignée des sites de bootlegs. Ces derniers sont des enregistrements audio et vidéo de concerts, pour la plupart non officiels, qui sont téléchargeables gratuitement sur le web pour le grand déplaisir des ayant droits. Le plus célèbre est T.U.B.E. ( le blog The Ultime Bootleg Experience) qui comprend une immense collection de liens de concerts rock. C’est ainsi sur ce modèle que greatbaroquemusique se construit à la différence que ce sont des enregistrements bien souvent libres de droit ou du moins dont la diffusion parait tolérée (morceaux rares et inconnus).

Il n’existe en l’occurrence pas beaucoup de plateformes à même de parler de musique baroque sur le web francophone. Le seul blog spécialisé ne s’ouvre pas forcément au grand public et ne bénéficie pas d’un aspect communautaire équivoque qui permettrait de mieux comprendre les besoins, les envies des internautes. Ce faible développement de la musique baroque, même sur des sites personnels, est à la fois un atout (il reste presque tout à faire, il est plus simple de se positionner) mais aussi un problème lorsqu’il s’agit de réfléchir en termes de cibles, d’attentes ou tout simplement dans un sens d’augmentation du trafic. C’est pourquoi, de toute manière, un ensemble de musique baroque (ou l’organisme culturel qui le chapeaute) doit définir une stratégie de contenu pour structurer cet effort de vulgarisation. Les objectifs étant de satisfaire le public actuel mais aussi d’attirer de nouvelles personnes. La dynamisation doit obligatoirement passer par le web dans une société toujours plus numérique.

Vertus d’une stratégie de contenu, de son élaboration à sa finalité

Internet à l’heure du marketing content

Le temps du référencement naturel par le foisonnement des liens sur des annuaires plus ou moins qualitatif est définitivement révolu. Terminé le contenu dupliqué et autres pratiques désormais d’une autre époque pour créer du trafic sur son site. L’heure est au « marketing content » c’est-à-dire que le contenu est devenu la base d’une stratégie de marketing web. Étant donné que la concurrence s’intensifie sans cesse sur les plateformes numériques, le qualitatif prend le dessus pour la mise en avant dans les moteurs de recherche. Le blog est un des outils les plus prolifiques en matière de contenu que toute organisation tente de mettre en place sur Internet. Cette amélioration dans la manière de communiquer doit se voir dès la première page visitée, il faut capter l’attention de l’internaute et ne pas seulement attirer pour augmenter la volumétrie.

l'approche du marketing content par les grandes entreprises 2015

Cette démarche entraine par la même un cercle vertueux occasionné par les partages (notamment sur les réseaux sociaux), les commentaires et bien entendu le netlinking qui va créer des liens naturellement sur d’autres sites. Le contenu n’est pas seulement écrit mais il peut aussi prendre la forme de vidéos, de sons, d’images, d’infographies… soit autant de possibilités de développer un message adapté aux cibles visées.

Néanmoins, cela va bien au-delà d’une simple logique SEO. Cette dernière n’est « qu’une brique d’une bonne stratégie de webmarketing visant à générer des leads » (B. Collet, 2015). Si le webmarketing prend la forme d’une maison, le marketing de contenu en sont les murs. D’où l’importance d’un solide concept marketing, une idée conceptrice pour que le pilier porteur permette de décliner le méssage en fontion des cibles, des supports et de l’actualité.

L’internaute, comme le prospect, n’est pas qu’un chiffre dans une solution analytics, c’est un individu à la recherche d’un contenu qualifié, à même de répondre à ses besoins (ou les dépasser) pour optimiser l’experience utilisateur.

Les chiffres de la figure 13 sont extraits d’une étude présentée en juin 2015 pour comprendre la manière dont est approché le marketing content dans les entreprises. Il est évident que cela devient très important puisque seuls 3% des professionnels interrogés (sur un échantillon de 700) disent ne pas voir l’intérêt de ces pratiques et de son impact sur le ROI (retour sur investissement). De plus, 71% annoncent qu’ils produisent plus de contenu en 2015 qu’en 2014.

les formats de contenu que les internautes préfèrent

En somme, il est indéniable que le contenu est le cœur d’une communication web à l’heure actuelle mais aussi sur le long terme. Pour toucher un trafic qualifié il faut profiter d’un blog pour toucher des sujets qui sont à même d’attirer des internautes avides d’informations ou simplement curieux. En plus d’impacter dans un sens positif le SEO, un contenu bien structuré apporte des bienfaits à l’utilisateur, ce dernier étant un lead potentiel.

La donnée culturelle est un élément tout à fait favorable au marketing content. Ce contenu ne doit cependant pas être conçu, pensé de la même manière que sur un support papier. « Une bonne stratégie SEO passe, on le sait, par un contenu de qualité écrit pour l’internaute mais également compréhensible par une machine et, donc, un moteur de recherche comme Google » (S. Peyronnet et G. Peyronnet, 2015). La structuration du contenu doit optimiser la lecture sur un écran, créer de l’engagement mais aussi développer le référencement naturel. On parle dès lors de contenu conversationnel. Les sujets abordés auront d’autant plus d’impact s’ils répondent à des questions et/ou touchent la sensibilité des individus, de ce qu’ils aiment dans la vie, ce qui les intéresse. Cela passe notamment par une forme précise de contenu : le storytelling.

Le storytelling comme proue d’une stratégie de contenu

Par rapport à ce que nous avons vu jusque-là, nous pouvons dès lors définir les contenus qui doivent être présents sur le blog d’un ensemble de musique baroque. Au-delà de l’autopromotion qui caractérise la communication des artistes sur le web, il faut se pencher sur une véritable stratégie de contenu aux contours ludiques, s’approprier un univers culturel pour attirer un public plus large par le biais notamment d’un référencement naturel sur des requêtes souvent réalisées. Cela donne le ton sur les sujets à aborder mais aussi les tendances de recherches.

La musique baroque n’est qu’un élément de l’univers baroque qui prend en considération de nombreuses disciplines comme la peinture ou l’architecture. C’est une période importante de l’Histoire (dont celle de l’art) qui doit être retranscrite dans son intégralité pour comprendre les œuvres, ceux qui les ont faites et vulgariser un pan de notre héritage civilisationnel. Ainsi, un blog peut se pencher sur des biographies, des chronologies, des lieux d’intérêts et bien sûr les instruments. La variable musicologique va de pair avec l’historique.

Enfin, le blog est par principe un lieu de débats. La recherche de chroniques, d’avis plus subjectifs peuvent prendre la forme de billets d’humeur pour encourager l’originalité des contenus mais également l’interaction, l’engagement a posteriori sur les réseaux sociaux par exemple. C’est un moyen de dynamiser l’aspect communautaire en plus d’attirer le regard des non-initiés. Le blog doit être un lieu participatif, symbole du web 2.0 par l’apport de différents auteurs aux profils variés : musiciens, bénévoles, artistes, mécènes, etc… C’est par la cohérence et la variété des contenus qu’une bonne stratégie prend ses marques.

La tendance dans la manière optimale de créer des contenus est l’approche par le storytelling. Aujourd’hui, les fermes à contenus (news buzz) perdent du trafic au profit des plateformes se penchant plutôt sur la narration pour raconter l’histoire d’une marque ou tout simplement plonger le lecteur dans un univers dont il se sentira proche, qui créera une certaine empathie. La preuve de cette tendance solide s’applique aussi à la presse papier, pourtant en pleine crise. Le groupe de média So Press (So Foot, Society, So Film, Pédale, Doolittle) conduit par Frank Annese, cherche à raconter des histoires dans ses magazines sur des sujets aussi variés qu’originaux. Le groupe possède aujourd’hui un lectorat important aussi bien en version papier que sur le web. Frank Annese expliquait lors de l’European Lab à Lyon en mai 2015 que cela profite aussi aux « héros » des histoires racontées. Par exemple, un article sur un musicien aura un impact d’autant plus conséquent qu’une critique d’album (elles sont innombrables et souvent barbantes) sans que cela ne coute quelque chose à la maison de disque. Il s’agit donc de raconter quelque chose, et cela peut bien évidemment s’appliquer à la musique baroque. N’y a-t-il pas le mot histoire dans Histoire ?

les types de contenus qui interessent en fonction de l'âgeUne enquête réalisée en Grande Bretagne en 2015 par l’agence Headstream a démontré tout l’intérêt du storytelling puisque 79% des adultes interrogés se disaient intéressés par le fait que les marques racontent des histoires. Cependant, il semblerait que le public soit avant tout réceptif à un message explicité de manière « surprenante » (et donc originale) qui parle avant tout de personnes communes. « Il ne faut donc plus se demander quel contenu produire, mais quelles émotions transmettre à travers son contenu pour susciter l’engagement. » (C. Zibi, 2015).

L’autopromotion musicale propre au web

Internet a modifié profondément de nombreux secteurs comme celui de la culture qui peine encore à se trouver un modèle économique. Le cinéma, la musique, le livre sont autant de domaines qui ont besoin de s’approprier complétement les solutions numériques pour survivre à la dématérialisation de leurs productions. La problématique de la visibilité est perturbée car il est facile d’être présent de partout mais de plus en plus difficile d’être vu. En effet, les  musiciens disposent désormais de toutes les libertés pour partager leur musique et se rapprocher du public. Pour autant, à l’heure d’un déficit d’attention de plus en plus palpable sur les outils numériques, il est tout à fait légitime de se demander si cela profite vraiment aux artistes confidentiels (puisque plus accessibles) ou accentue au contraire la sur-visibilité des plus connus. Nous pouvons considérer la musique baroque comme un genre de niche qui serait donc à même de toucher un public très intéressé car les contenus sont relativement rares.

Lesgraphiques suivants (Irène Bastard, Marc Bourreau, Sisley Maillard, Francois Moreau, 2012) représentent le nombre de plateformes web sur lesquelles sont présent des musiciens en fonction du genre musical. La musique baroque que l’on peut étendre, par abus de langage, à la musique classique ne représente qu’1% de l’échantillon analysé. Cela montre déjà le manque de notoriété de ce type de musique. L’écart type des résultats est assez large démontrant l’inégalité devant la connaissance, la maitrise des outils numériques d’autopromotion.

déploiement en ligne des artistes par genre musical

Une chose est certaine, les moyens de communication traditionnels aspirent à parler surtout des artistes les plus célèbres. Internet a donc rebattu les cartes en ouvrant les portes de l’industrie à de nouveaux entrants. De manière générale, les artistes sont présents sur 6 à 8 plateformes sur le web. Cependant, chaque plateforme n’attire pas forcement le même public et les genres de niche demandent donc une réflexion supplémentaire quant aux outils à choisir (entre 4 et 6 en moyenne).

Selon la théorie de la longue traine d’Anderson, trois leviers agissent sur le web. Cela peut s’appliquer à une logique culturelle :

  • Augmentation de l’offre en corrélation avec une baisse des coûts de production
  • Hausse des ventes de fond de catalogue grâce à une meilleure accessibilité
  • Fragmentation de la demande aux dépens des stars grâce au soutien de la critique amateur, d’où l’impact d’une communauté sur le web.

L’accessibilité du web est donc déterminante dans la notoriété des musiciens car ils peuvent en théorie toucher n’importe qui. L’offre musicale conséquente aujourd’hui finit malgré tout par réserver le succès qu’à un nombre assez restreint. Comme les autres médias sociaux, le blog est un outil d’autopromotion sachant qu’il impacte également la visibilité à travers le référencement naturel. Puisque les artistes les plus célèbres disposent de moyens de communication importants sur le web (la plupart du temps gérés par des maisons de disque), qu’ils font aussi plus parler d’eux, l’autopromotion demande plus d’efforts de la part des moins populaires.

Cela se traduit donc par une maitrise des outils numériques, ce qui tend à rendre l’expérience moins formelle, moins impersonnelle vers le public pour qu’il s’y intéresse. Ainsi, l’objectif de vulgarisation de la musique baroque s’inscrit dans cette logique de proposer un contenu prêt à accompagner l’auditeur dans sa démarche musicale. L’important est de créer un certain engouement pour que le bouche à oreille s’étende sur d’autres plateformes et donc que la promotion soit le fruit d’une certaine viralité. La renommée en ligne se construit aussi par des influenceurs présents aussi bien sur des blogs, des forums que des marketplaces (évaluations).

En somme, ces éléments démontrent que le web n’a donc pas réellement ouvert l’industrie musicale au plus grand nombre d’artistes puisque la hiérarchie hors ligne se répète dans les grandes lignes dans le monde virtuel. Un ensemble de musique baroque, ayant une notoriété construite avant Internet, peut donc profiter de cette solide base, acquise aussi par les médias traditionnels pour se faire une place sur la toile. Pour autant, il faut forcement que cela passe par une vulgarisation du genre pour toucher un autre public. A savoir maintenant comment se caractérise cette communauté en ligne d’amateurs de musique baroque.

Territoires et communautés, entre porosité et abus de langage

« Communauté », un terme galvaudé

Définissons maintenant la manière dont un blog peut gagner en notoriété, et de ce fait, rassembler une communauté. Un terme qu’il est d’ailleurs important de préciser alors que son usage sur internet se fait à tout-va, le rendant indéniablement polysémique. Cette polysémie devient problématique au point de ne plus savoir s’il est possible de l’employer à bon escient. En marketing, en communication ou simplement en sociologie, les avis divergent quant au bon sens de ce mot à la précision relative.

Alors, qu’est-ce qu’une communauté ? Il semble en exister une palette très large sur le web que ce soit les adeptes d’un jeu vidéo, les contributeurs d’un wiki ou encore les membres d’une plate-forme de partage. Par conséquent, tout le monde semble d’accord pour définir une communauté comme un agrégat d’individus partageant des points communs qui peuvent prendre la forme d’une passion, d’un usage spécifique du web ou d’une compétence technique. Pour autant, cette addition d’internautes peut également être une somme de sites et de blogs traitant d’un sujet commun. On parle ainsi de communautés des bloggeuses mode tout en admettant qu’une sous communauté peut se créer au sein d’une seule plateforme. Cet exemple de mise en abîme montre donc toute l’imprécision qu’il en est fait de ce mot.

Les chercheurs Dominique Cardon, Guilhem Fouetillou et Camille Roth développent l’idée de territoire, plus à même et surtout plus représentatif du paysage social de l’internet 2.0. Dès lors c’est le thème qui définit un territoire, ce qui signifie qu’un internaute ne sera pas forcément attaché à une marque mais plutôt à un cadre plus large, son enveloppe. L’individu suivant par exemple les actualités de Citroën sur les réseaux sociaux appartient donc au territoire de l’automobile, sans doute plus qu’à la marque elle-même (il ne s’intéresse pas uniquement à cela). Dans la musique baroque on peut très bien parler de la communauté de fans de ce genre de musique mais aussi dans un sens plus large des musiciens ou des amateurs d’Haendel. Ainsi, il s’agit de plutôt utiliser le mot de territoire qui couvre un champ large et concret : en l’occurrence dans ce mémoire, celui de la musique.

Ainsi nous parlerons désormais de territoire à la place de communauté pour exprimer plus clairement cette brique du phénomène interactionnel entre blogs sur le web. Un territoire se compose donc d’un ensemble d’individus mais aussi de blogs plus ou moins ouverts sur l’extérieur avec des mécanismes de notoriété précis.

Topologie de la blogosphère

Définissons à présent la forme des blogs sur internet. Les interactions qui se créent entre eux et de quelle manière cela s’effectue. Il faut tout d’abord savoir que deux variables permettent de définir la notoriété d’un blog :

  • Son thème (variable sémantique)
  • La création de liens entre les sites (variable topologique).

L’aspect concurrentiel est mis en avant quant à l’approche topologique car au-delà de réunir des internautes semblables, les territoires sont formés de blogs en concurrence dont l’objectif implicite est l’augmentation du trafic, voire même la recherche d’une certaine estime de soi (dans le cadre d’un blog personnel). Cela démontre ainsi qu’un blog ne peut pas exister sans les autres dans un territoire. Le netlinking est une pratique démontrant clairement les relations, parfois d’intérêts, qui peuvent se nouer entre les blogs.

Cependant, la raison d’être d’un blog se situe dans les interactions directes, le référencement off-page y prend toute son importance. Le succès est décisif dans lesdites interactions qu’il crée en son sein c’est-à-dire dans les commentaires. Le lien social, l’affectif, passe dès lors par la plateforme elle-même et non ses « satellites » (réseaux et médias sociaux). Pour inciter les internautes à se sentir proches, il faut proposer un contenu qu’ils sont à même de comprendre et forcément d’apprécier pour vouloir y revenir et interagir.

Nous pouvons caractériser deux types de notoriétés en ligne acquise par les blogs :

  • La notoriété interne lorsqu’elle est acquise auprès de son public cible
  • La notoriété externe lorsque le blog attire un public plus large.

Ces chercheurs définissent la réputation d’un blog dans un premier temps par les liens entrants, en somme par le netlinking. « Afin de stabiliser de façon conventionnelle des termes dont les significations sont flottantes dans les travaux de recherche, [ils distinguent] la célébrité, la notoriété et la popularité du site en fonction de la distribution des liens entrants qui peuvent venir du territoire auquel il appartient (endo) ou bien de l’extérieur de ce territoire (exo) » (Cardon, Fouetillou et Roth, 2014).

Ces termes dénominatifs s’expliquent ainsi :

  • Un blog est dit célèbre lorsque des liens nombreux existent quel que soit le territoire
  • Il est dit populaire lorsqu’il attire beaucoup de liens mais peu de son propre territoire
  • On parle de notoriété quand les liens proviennent du même territoire mais peinent à susciter de l’intérêt hors de celui-ci
  • L’invisibilité concerne les sites qui ne développent aucun lien entrant

Les tableaux suivants illustrent ces concepts pour les liens entrants (à gauche) et sortants (à droite). Le point central représente le blog, le territoire l’englobe et la surface blanche est l’ensemble du web.

tables des liens entrants et sortantsActuellement, les blogs comme les sites d’ensembles baroques restent prostrés dans leur propre territoire. Il leur est difficile d’accéder aux rangs de la célébrité ou de la popularité mais ces sites doivent aussi faire des efforts pour s’ouvrir au-delà de leur public habituel par la création de liens sortants vers d’autres territoires. La force de la vulgarisation doit faire passer le cap de l’introversion vers celui de la curiosité.

L’étude citée ci-dessus ne se penche malheureusement pas sur le territoire de la musique ni celui de la culture. Il est ainsi difficile de voir la manière dont se comporte la blogosphère musicale car chaque territoire a des caractéristiques propres. Cependant, certaines variables chiffrées diffèrent peu. En moyenne, 63.5% de la totalité des blogs sont peu actifs ou inactifs, soit une importante majorité.

Les nouveaux blogs ont tendance à créer des liens sortants dans le but de se faire connaitre et donc d’augmenter la probabilité de gagner des liens entrants en retour. Cependant, lorsque la notoriété d’une marque, d’un organisme est assez importante, le site bénéficie d’une bonne visibilité quel que soit son activité en ligne. Sans même prodiguer des liens sortants, le blog fait parler de lui et conserve un trafic régulier que ce soit à l’intérieur ou en dehors de son territoire. Ce phénomène est prédominant dans les structures publiques, étatiques où les contenus sont avant tout informationnels et de références.

Il existe ainsi une topologie précise des blogs en fonction des liens qu’ils génèrent vers eux et vers les autres. C’est l’activité interactionnelle qui définit la notoriété auprès des publics. Néanmoins, il faut aussi appréhender comment se comportent les amateurs de musique baroque sur le web pour visualiser le territoire, chose qui n’est pas forcément aisée car l’essor du baroque 2.0 est encore particulièrement discret.

L’usage du web à travers la musique baroque

La fracture numérique se sent pleinement lorsque l’on communique auprès du public de la musique baroque. Il y a clairement un différentiel entre les amateurs de longue date, peu enclins à encourager ou suivre les évolutions dans la manière dont s’organise l’ensemble (de l’évolution de la charte graphique aux utilisations numériques). Nous pouvons considérer qu’une bonne part des amateurs de musique baroque se compose de non utilisateurs absolus dans le sens où certaines personnes ne se connecteront jamais sur un site internet par l’absence totale de connaissances du web ou du sentiment de nécessité d’utiliser ces outils. De toute manière, les efforts de visibilité et de vulgarisation sur internet ne passent pas forcément par eux.

Le renouvèlement du public passe par le web avec des internautes connectés un minimum. N’existant pas d’études sur le sujet, quelques chiffres ont été produits pour la rédaction de ce mémoire au sein de la communauté de fans Facebook du Concert de l’Hostel Dieu, plateforme active et dont l’engagement est croissant. De plus, des données statistiques extraites de Google Analytics ont permis de compléter les résultats, ainsi qu’un sondage réalisé sur un échantillon restreint de 8 personnes suivants l’ensemble de musique baroque sur les réseaux sociaux. Les résultats sont donc à prendre avec du recul et ne représentent pas l’ensemble du territoire baroque francophone.

Les statistiques démontrent que la majorité des utilisateurs du web baroque sont jeunes (entre 25 et 34 ans) puisqu’ils représentent 24% des visiteurs du site internet, dont 57% d’hommes, et 28% des personnes engagées sur Facebook, dont 60% de femmes. L’âge est une variable notable car les moins de 24 ans se font rares quelle que soit la plateforme (respectivement 5% et 9% des totaux) et accusent une concentration limitée par un très fort taux de rebond sur le site.

es utilisateurs les plus âgés (plus de 65 ans) sont beaucoup plus présents sur le site internet avec environ 18% des visites contre 12% des personnes engagées sur Facebook. Il est donc clair que le renouvellement du public baroque est possible par le web, à travers les 25-34 ans sur n’importe quelle plateforme ; pour les plus de 45 ans plutôt par le site internet. Nous pouvons également nous demander, pourquoi les 35-44 ans sont si peu nombreux ?

Sept personnes sur huit ayant répondu au sondage (annexe 6) sont des femmes, ce qui confirme la majorité féminine suivant la musique baroque sur les réseaux sociaux. Les tranches d’âges sont quant à elles assez diverses et représentatives des statistiques précédentes. 62% de l’échantillon affirme utiliser le web pour discuter avec d’autres amateurs de musique baroque alors que 87% en discute avec son entourage. Une fois encore, la préférence des femmes pour les réseaux sociaux se montre puisque le seul homme ayant participé à l’enquête dit ne pas s’intéresser à la musique baroque ni sur Facebook ni sur Twitter.

Les sondés suivent la musique baroque sur le web au moins une fois par semaine pour 50% d’entre eux mais moins d’une fois par jour. Les informations les plus recherchées sont les dates de concerts à 62%, puis les chroniques (chroniques, billets d’humeur) à 37%. Pour autant, la plupart considère qu’on ne parle pas assez de musique baroque sur le web français. Sur une échelle de 0 à 10 (d’une présence jugée inexistante à omniprésente), la moyenne est de 5.37. La justesse de cet indicateur se démontre dans le faible écart type de la série. Cette relative présence numérique appelle à attirer de nouveaux publics par la vulgarisation, ce que confirment sept personnes sur huit.

Il faut remarquer que la moitié des internautes interrogés affirment ne suivre que la musique baroque sur le web, et pas d’autres genres musicaux qu’ils affectionnent même si sont cités : la musique savante, le jazz et le pop/rock. Enfin, seul 25% de l’échantillon ne s’intéresse pas à d’autres éléments de la culture baroque (peinture, architecture, etc…).

Conclusion

Comme nous l’avons vu dans cette troisième partie, la création d’un blog sur la musique baroque offre de nouvelles opportunités à un ensemble, et dans un sens plus large, à une institution culturelle. Cependant, il faut comprendre cela dans une vision de long terme car le public adepte de musique baroque est encore très fractionné et pas énormément connecté. Il s’agit ainsi de profiter d’un blog pour attirer de nouvelles personnes à découvrir la musique baroque. N’étant pas un genre accessible à la première écoute, il convient d’éduquer, de faire comprendre les œuvres musicales par un effort de sensibilisation passant forcément par la vulgarisation. Cette dernière doit s’adresser avant tout au grand public, par une approche particulière dans le ton.

Contrairement au reste de l’industrie musicale, la musique baroque peine à s’approprier les outils numériques. Pour preuve, il existe peu de blogs qui traitent de ce sujet et de son univers alors que d’autres organismes culturels ont passé le cap du web avec un certain panache : auditoriums, opéras, musées (surtout ceux qui effectuent un travail de mémoire),… En comprenant de quelle manière organiser un blog, par le biais de la vulgarisation, une conséquente variété de contenus peut être abordée. Le multimédia entre en ligne de mire lorsque le texte se lie au son et à l’image.

Cela tombe bien, car pour des finalités de référencement mais aussi de capture d’un trafic qualifié, le web se mue aux vertus du marketing content. Par l’intermédiaire d’une mise à jour régulière des contenus, structurés logiquement en fonction des caractéristiques d’internet, une dynamique positive se crée sur le long terme qui ne peut qu’accroitre la présence en ligne. La manière de rédiger ces contenus doit se faire dans le sens du lecteur, il faut se mettre à sa place, tout en sachant que les modes de consommation sur les plateformes numériques sont particuliers. L’accompagnement par une hiérarchisation des informations claire et logique doit encourager l’internaute à ne pas se contenter du titre ou aux quelques premières lignes.

Pour stimuler la curiosité des publics, le moyen le plus efficace est le storytelling. La transformation des stratégies de contenus tend de plus en plus vers la qualité et le meilleur moyen de s’approprier l’affectif, l’empathie, est de raconter des histoires. Cela fonctionne sur tous les supports (du papier au dématérialisé) et correspond à ce que les individus veulent.

Afin de déterminer les attentes des amateurs de musique baroque, il convient de comprendre comment se construit cette communauté dont les contours sont flous. Assez discrète, elle ne rentre que rarement dans le cadre des études qui portent sur les usages de la musique via les outils numériques, le plus souvent étant englobée dans la catégorie « musique classique ». D’un point de vue linguistique, il est d’ailleurs plus intéressant d’utiliser le terme de territoire au lieu de communauté car il existe une porosité qui rend les internautes et les blogs plus ou moins ouverts sur d’autres domaines (territoires). La notoriété s’acquiert dès lors par les interactions qui se créent au sein de ce territoire mais aussi sur l’ensemble de la blogosphère, notamment par la variété et le nombre de liens entrants et sortants. Encore une fois, le contenu est tacitement mis en avant en encourageant le netlinking et les interactions entre les différentes parties du territoire.

En somme, le blogging possède toutes les qualités et la flexibilité nécessaire pour dynamiser le territoire baroque du web. Il faudra malgré tout une habile organisation, soutenue sur le long terme, le temps que les usages rattrapent leur retard, et que la communication numérique soit une évidence.

Cédric Maiore

Annexes et lexique sur la version pdf du mémoire.